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SMARTPHONE APPLICATION

LES APPLICATIONS DE TÉLÉPHONE INTELLIGENT REMPLACERONT-ELLES LES DERMATOLOGUES DANS LE DIAGNOSTIC DES CANCERS DE PEAU?



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  • - SOLOMON BENDAYAN
  • - CANDIDAT AU DOCTORAT EN MÉDECINE
  • - UNIVERSITÉ MCGILL

La technologie avance à grands pas et elle n’a jamais été aussi accessible, augmentant exponentiellement depuis les 5 dernières années. On estime qu’un quart de la population mondiale dispose d’un téléphone intelligent. Des applications existent pour tous les milieux de travail, et la médecine, particulièrement la dermatologie, ne fait pas exception. Les applications de dermatologie qui sont conçues pour monsieur et madame tout le monde tombent généralement dans une de ces trois catégories : télédermatologie, éducation et auto-surveillance ou diagnostic.

Premièrement, la télédermatologie permet aux patients de rencontrer un médecin à distance, souvent via visioconférence. Malgré le fait qu’il y ait plusieurs inconvénients à ce moyen de communication, tels que la confidentialité du patient ou la qualité de la photo, le domaine de la télédermatologie continue à croître à une vitesse record ; notamment en raison de la pandémie COVID-19. Néanmoins, la télédermatologie offre également plusieurs avantages ; par exemple, les rendez-vous à distance améliorent l’accès à un dermatologue, particulièrement pour les patients vivant en milieu rural, et les patients n’ont pas besoin de prendre congé au travail pour se rendre chez leur médecin. Bref, même s’il reste des points à améliorer, la télédermatologie devrait continuer à susciter l’engouement et à améliorer la rencontre patient-médecin.

Deuxièmement, les applications d’éducation et d’autosurveillance gagnent en popularité. Elles offrent des instructions sur la façon de bien examiner sa peau, des informations sur les cancers de peau et le mélanome ainsi que des recommandations à propos de la protection solaire. En théorie, ces applications constituent un outil puissant pour les gens qui désirent s’informer et être proactifs quant à la santé de leur peau, mais plusieurs points négatifs doivent être considérés. Tout d’abord, ce n’est seulement qu’une faible minorité de ces applications qui sont vérifiées par un dermatologue certifié. De plus, la plupart ne révèlent même pas leur source d’informations et ne dévoilent pas l’auteur de leur contenu, ce qui rend l’application peu fiable et même possiblement incorrecte! Finalement, peu d’études se sont penchées sur l’efficacité de ces applications, et celles qui ont été publiées ont généré des résultats décevants.

Troisièmement, les applications diagnostiques sont automatisées et fonctionnent en important des images d’une lésion suspecte. Par la suite, l’algorithme de l’application analyse ces photos et fournit une approximation du risque ou un diagnostic, cela sans vérification par un dermatologiste certifié. On sait bien que le diagnostic d’un cancer de peau nécessite une biopsie, mais ces applications essaient de quantifier le risque que la lésion soit cancéreuse en se basant sur une banque d’images de grains de beauté bénins et de cancers de peau. Les applications diagnostiques ne sont pas réglementées et les algorithmes ne sont pas fiables ni validés. Le problème, c’est quand quelqu’un décide de remplacer une rencontre avec son médecin par une de ces applications, ce qui pourrait lui faire croire à tort que sa lésion de peau est bénigne alors qu’elle est cancéreuse. Cela engendre un retard dans le diagnostic et un moins bon pronostic. À l’inverse, une personne pourrait penser toujours à tort qu’une lésion bénigne est cancéreuse, ce qui amène son lot de stress et d’inquiétudes. Dr. Ivan Litvinov, dermatologue certifié et directeur de la recherche en dermatologie à l’Université McGill, se positionne contre l’utilisation des applications diagnostiques automatisées en dermatologie. « Les seules applications pouvant se démontrer utiles sont celles qui sont directement liées à un dermatologue qui évalue les images de ses yeux », explique-t-il. Les algorithmes sont néfastes et donnent au patient un faux sentiment de sécurité.

En conclusion, la télédermatologie continue à prendre de l’importance et détient un potentiel prometteur. L’idée derrière les applications de dermatologie conçues pour éduquer le patient est louable, mais l’information qu’elles rapportent est rarement fiable et n’est pas soutenue par des preuves d’efficacité cliniques. Finalement, les applications diagnostiques automatisées ne sont pas fiables dans le domaine de la dermatologie et ne devraient surtout pas être utilisées pour diagnostiquer des cancers de peau puisqu’elles peuvent avoir de graves répercussions en transmettant un faux sentiment de sécurité. « Au Canada, les dermatologues reçoivent en moyenne 13 ans de formation universitaire dont 5 ans spécifiquement dédiés à l’étude de la peau en voyant des patients. Ce n’est pas une formation qu’on peut substituer par une application », souligne Dr. Litvinov.