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SOLEIL EST ADDICTIF

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  • - LYDIA OUCHENE
  • - CANDIDATE AU DOCTORAT EN MÉDECINE
  • - UNIVERSITÉ MCGILL

SOLEIL EST ADDICTIF

L'exposition au soleil est reconnue comme l'un des principaux facteurs de risque de cancer de la peau. En effet, les rayons ultraviolets (UV) émis par le soleil peuvent endommager les cellules de la peau, causant ainsi une transformation cancéreuse. La peau possède une défense naturelle contre les rayons UV: il s'agit de la mélanine, une molécule qui a la capacité d'absorber les rayons UV. Cette molécule est pigmentée et c’est pour cela que nous avons le teint bronzé après avoir été exposé au soleil pendant une période prolongée. Malheureusement, dans la société moderne, le bronzage est souvent associé à la beauté, à la forme physique et à une apparence saine. Cela est entièrement faux! En fait, une peau bronzée révèle qu'une grande quantité de mélanine a été produite, ce qui reflète les dommages causés par le soleil sur notre ADN cellulaire, et donc, une peau moins saine. Pour cette raison, l’exposition prolongée au soleil sans protection devrait être évitée.

Malgré la connaissance de ces risques, un grand nombre de personnes cherchent absolument à maintenir leur bronzage en utilisant des salons de bronzage et en continuant à s’exposer au soleil sans protection. En fait, au cours des dernières décennies, il y a eu une augmentation du nombre de personnes qui se bronzent au soleil en Amérique du Nord.

Certaines personnes ont même recours aux huiles de bronzage et aux réflecteurs de soleil pour bronzer. Des études scientifiques ont montré que les « adorateurs du soleil » peuvent présenter des symptômes de dépendance aux rayons ultraviolets similaires aux drogues, au tabagisme et à l'alcool. Dans une étude menée auprès de 145 baigneurs aux États-Unis, 53% d'entre eux avaient une dépendance au bronzage. Des exemples de symptômes de dépendance incluent la poursuite du bronzage malgré les tentatives d'arrêter, le bronzage persistant même avec des conséquences néfastes telles que le développement d'un cancer de la peau et la négligence d'autres responsabilités de la vie quotidienne afin de tenter de maintenir son bronzage. D’autant plus surprenantes, certaines personnes continuent à bronzer au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre l'apparence souhaitée.

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“They found that when these individuals are exposed to UVR, their brain cells release a molecule, dopamine, associated with rewards, pleasure and arousal”

  • - DR. NETCHIPOROUK

QU'EST-CE QUI EXPLIQUE CES COMPORTEMENTS ADDICTIFS?

Un groupe de chercheurs au Texas s'est penché sur ce qui se passe dans le cerveau des personnes accros au bronzage intérieur, soit les fameuses cabines de bronzage. « Ils ont découvert que lorsque ces personnes sont exposées aux rayons UV, leurs cellules cérébrales libèrent une molécule, la dopamine, associée à un sentiment de plaisir, d'excitation ainsi qu’au circuit de la récompense impliqué dans les dépendances », explique la Dre Netchiporouk, professeure adjointe de dermatologie à l'Université McGill. La dopamine est d’ailleurs augmentée chez les personnes dépendantes à l'alcool, au jeu et à d'autres substances. Plus cette molécule est secrétée lors d’une activité de bronzage, plus grandes sont les chances de devenir dépendant au bronzage.

MAIS COMMENT LA PEAU EST-ELLE RELIÉE AU CERVEAU?

"Lorsque la peau est exposée aux rayons ultraviolets du soleil ou des appareils de bronzage intérieurs, notre ADN est endommagé par les rayons UV, ce qui déclenche la libération de mélanine (c'est-à-dire de pigment) et d’une autre molécule appelée β-endorphine, qui est liée au plaisir, à la bonne humeur et à la résistance à la douleur. C'est comme une morphine endogène. Une exposition répétée aux rayons UV peut entrainer une dépendance physique », explique la Dre Netchiporouk.

Selon le Dr Litvinov, directeur de recherche en dermatologie à l'Université McGill, les études sur les souris sont essentielles pour comprendre comment cette molécule intervient dans la dépendance au bronzage. Une équipe de chercheurs du Harvard Medical School dirigée par le Dr Fisher a étudié ce qui arrive aux souris qui reçoivent de la lumière UV par rapport à celles qui ne sont pas exposées. « Non seulement ils ont trouvé un niveau élevé de β-endorphine chez les souris exposées, mais lorsque cette molécule a été bloquée artificiellement, les souris ont montré des signes de sevrage. De plus, l’absence de ces résultats chez les souris qui n'ont pas été exposés aux rayons du soleil confirme que la lumière UV déclenche des changements de comportement chez ces animaux », explique le Dr Litvinov. « Les chercheurs ont constaté une élévation de la queue des souris lorsqu'elles reçoivent de la morphine. L’exposition au soleil déclenche cette même élévation caractéristique de la queue des souris. Ces études expliquent véritablement que le soleil peut créer une dépendance », explique le Dr Litvinov.

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Une augmentation similaire de la libération de β-endorphine est observée chez les humains exposés à la lumière UV. Il a été démontré que la lumière du soleil améliore l'humeur chez les adultes en bonne santé. Dans une enquête menée auprès de 100 utilisateurs de transats, 69% ont répondu qu'ils le faisaient « pour se sentir bien ». « Des études récentes sur l'homme démontrent des résultats comparables à ceux des études sur la souris, concernant l’avidité pour les rayons UV. L'arrêt de l'exposition solaire chez ceux qui se font bronzer souvent induit des symptômes de sevrage, ce qui suggère une dépendance. L'augmentation des niveaux de β-endorphine peut expliquer cette attitude », explique le Dre Netchiporouk.
L’hypothèse la plus prédominante est qu'il s'agit du résultat d'une adaptation évolutive à un comportement de recherche du soleil afin de prévenir une carence en vitamine D qui conduit à une maladie fragilisant les os, appelée rachitisme », propose le Dr Sasseville, professeur de dermatologie à l'Université McGill. En effet, bien que l'exposition chronique au soleil ait des conséquences néfastes sur la santé, une petite quantité de soleil est essentielle pour obtenir suffisamment de vitamine D pour être en bonne santé. Par conséquent, c'est comme si le corps avait créé sa propre façon de s'assurer que nous profitions de la lumière du soleil, afin que nous puissions obtenir suffisamment de vitamine. D’après tout, nos ancêtres ont peut-être passé beaucoup de temps à se cacher dans une grotte et ceux-ci vivaient près de l'équateur, où le soleil est abondant et fort. « Par conséquent, notre corps a dû développer sa propre façon de s'assurer que les gens reçoivent du soleil pour produire la vitamine D nécessaire », explique le Dr Sasseville. Bien sûr, de nos jours, le bronzage n'est pas nécessaire pour obtenir suffisamment de vitamine D. Un niveau d'exposition au soleil approprié et sécuritaire avec l’application d’un écran solaire, ainsi que la minimisation du comportement de quête de rayons UV sont recommandés.
So far, Jusqu'à présent, il y a peu de preuves directes que cela est vrai. Certaines études suggèrent qu'une faible teneur en vitamine D est associée à une sensibilité accrue à la douleur chez les humains et à la toxicomanie chez les souris. Des recherches supplémentaires explorant les effets protecteurs d'une supplémentation universelle en vitamine D sont nécessaires. D'ici là, nous recommandons de maintenir des niveaux sains de vitamine D grâce à l'utilisation de suppléments oraux peu couteux et sécuritaires », recommande la Dre Netchiporouk.
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