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LA VÉRITÉ ET LES CONTROVERSES SUR LA CRÈME SOLAIRE

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  • - LYDIA OUCHENE
  • - CANDIDATE AU DOCTORAT EN MÉDECINE
  • - UNIVERSITÉ MCGILL

LA VÉRITÉ ET LES CONTROVERSES SUR LA CRÈME SOLAIRE

Les crèmes solaires sont-elles nocives?
Quelles sont les composants des crèmes solaires et comment peuvent-ils affecter ma santé?
Les crèmes solaires sont-elles dangereuses pour les bébés?
Quels sont les impacts des produits chimiques des écrans solaires sur l'environnement?
Que recommandent les dermatologues?

Le cancer de la peau est à la hausse au cours des dernières décennies. Il est maintenant le cancer le plus répandu au Canada. La bonne nouvelle c'est qu'il est largement évitable! Par conséquent, une sensibilisation accrue à la protection solaire et à l'utilisation de crèmes solaires et de vêtements de protection s’est répandue dans le monde entier. . L'Association Canadienne de Dermatologie (ACD) recommande d'appliquer une quantité généreuse de crème solaire pour couvrir suffisamment tout le corps (environ une once ou 30 ml) et de répéter l'application régulièrement, surtout en transpirant ou en nageant. Il est également suggéré de trouver un filtre solaire qui protège à la fois contre les ultraviolets B et les ultraviolets A, qui sont les deux types de rayonnement émis par le soleil, avec des valeurs de facteur de protection solaire (FPS) de 30 ou plus. Vous pouvez l'identifier en recherchant une étiquette « Broad Spectrum » ou un logo ACD comme illustré ci-dessous.

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De plus, des études ont montré que les gens ont tendance à appliquer moins de crème solaire que ce qui est recommandé. « En moyenne, les gens appliquent seulement 20% de la quantité recommandée », explique la Dre Netchiporouk, dermatologue certifiée à l'Université McGill. Par conséquent, une application répétée toutes les ~ 2 heures est suggérée en cas d'exposition au soleil, pour compenser à chaque fois la sous-application.
Les recommandations mondiales concernant l'utilisation des crèmes solaires ont conduit à une disponibilité et à une utilisation accrue de ces produits. De plus, de nombreuses industries cosmétiques ont incorporé un filtre solaire dans leurs gammes de produits tels que les hydratants, le maquillage et les baumes à lèvres. Cela a conduit à une quantité considérable d’agent photoprotecteur sur notre peau, mais également dans les océans, les lacs et autres environnements. L'efficacité de la protection par les crèmes solaires a été largement acceptée et validée; mais qu'en est-il des risques?
De nombreux chercheurs se sont intéressés à l'étude des conséquences de l'utilisation d'une crème solaire chez les animaux, les humains et l'environnement.

Pour comprendre les avantages et les risques des filtres solaires, il faut d'abord savoir ce qu’ils contiennent et comment fonctionnent-ils. « Il existe deux types principaux de crèmes solaires. Le premier est une crème solaire inorganique ou minérale, qui agit comme un écran: en détournant les rayons ultraviolets (UV) de la peau. Le terme inorganique signifie qu'il n'y a pas de molécules de carbone. Seuls l'oxyde de zinc et le dioxyde de titane s’y retrouvent. », explique le Dr Denis Sasseville, dermatologue spécialisé en allergie de contact à l'Université McGill. « Le deuxième type est une crème solaire organique / chimique à base de molécules de carbone qui absorbent la lumière du soleil et la transforment en chaleur. Cependant, ces substances chimiques peuvent pénétrer plus profondément dans la peau et même se retrouver dans notre circulation sanguine. Ces écrans solaires sont fabriqués avec divers produits chimiques tels que l'oxybenzone, l’avobenzone, le mexoryl / ecamsule ou l'octocrylène. »

L'application d'un écran solaire chimique en plus de l'utilisation de produits cosmétiques contenant des filtres UV, tels que le maquillage, pourrait entraîner le contact direct d'une quantité considérable de ces produits chimiques avec la peau et conséquemment être absorbés dans la circulation sanguine du corps.

Une équipe de chercheurs du « Food and Drug Administration » (FDA) des États-Unis s’est penchée sur cette question. « Vingt-quatre adultes en bonne santé ont participé à cette étude et ont reçu comme directive d'appliquer une crème solaire sur 75% de leur surface corporelle pendant 4 jours. Les écrans solaires étaient de type organique et contenaient de l'avobenzone, de l'oxybenzone, de l'octocrylène et de l'écamsule. Ils ont constaté que les taux sanguins d'avobenzone, d'oxybenzone, d'octocrylène et d'écamsule dépassent le seuil recommandé par la FDA », explique la Dre Netchiporouk. De plus, d'autres études ont montré la présence de filtres UV tels que l'oxybenzone dans le lait maternel et l'urine. Cela signifie que ces crèmes solaires sont dans notre corps et pourraient potentiellement affecter notre santé.

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Selon le Dr Sasseville, « nous devons être prudents lors de l'interprétation de ces résultats. Ce n'est pas parce qu'un ingrédient de protection solaire se trouve dans le sang qu'il est nécessairement nocif. L'impact médical des résultats de ces études demeure inconnu; par conséquent, des études supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les conséquences sur la santé. » Selon la FDA, plus de données sur l'innocuité et l'efficacité de 12 ingrédients organiques (chimiques) contenus dans les crèmes solaires (cinoxate, dioxybenzone, ensulizole, homosalate, méradimate, octinoxate, octisalate, octocrylène, padimate O, sulisobenzone, oxybenzone et avobenzone) sont nécessaires avant que les crèmes solaires puissent être étiquetées comme « sécuritaires et efficaces ». En effet, à ce jour, seules quelques études ont étudié les conséquences de ces ingrédients chez l'homme. « Certaines études sur des cellules spécifiques du système immunitaire ont montré que celles-ci se comportent différemment lorsqu'elles sont exposées à des produits chimiques de protection solaire. Cependant, la signification de ces résultats n'est pas claire, d'autant plus que ces études ont été réalisées dans des tubes à essai et non chez l'homme », souligne le Dr. Sasseville. Chez certains animaux, comme les rats, ces filtres chimiques ont un impact négatif sur leur comportement reproducteur. En effet, les animaux exposés à de très fortes concentrations de ces ingrédients avaient plus de difficultés à se reproduire. Actuellement, il n'y a pas de données absolues pour soutenir que les filtres organiques solaires sont toxiques pour l'homme ou qu'ils ont un impact sur la reproduction et la fertilité de celui-ci. Bien que d'autres études soient nécessaires, il n'y a pas de problèmes urgents à résoudre quant à la sécurité de ces crèmes. Dans l'ensemble, les crèmes solaires sont considérées comme sécuritaires et ont plus d'avantages que de risques potentiels. Un risque associé à la crème solaire, comme à tout autre produit, est de développer une réaction allergique à celui-ci. Cependant, il s’agit d’un événement peu fréquent qui peut être facilement diagnostiqué et traité par un dermatologue certifié.

« Si le fait de savoir que les crèmes solaires chimiques sont facilement absorbées par le corps vous met mal à l'aise, ou si elles vous ont causé des réactions allergiques, alors pensez aux écrans solaires physiques / minéraux », suggère le Dr Sasseville. La « Food and Drug Administration » (FDA) confirme qu'il existe suffisamment d'informations pour considérer les crèmes solaires à l'oxyde de zinc et au dioxyde de titane efficaces et sécuritaires pour l'homme et l'environnement, contrairement aux composés organiques qui nécessitent des études supplémentaires. « Des études ont démontré que ces minéraux ne pénètrent pas dans la peau, ce qui soulève très peu ou pas de problèmes de santé chez l’humain. La seule préoccupation concerne les risques potentiels d'inhalation; par conséquent, les formules en vaporisateur ne sont pas recommandées », suggère la Dre Netchiporouk. De plus, beaucoup apprécient le fait que les écrans solaires physiques / inorganiques ne provoquent pas d'irritation oculaire. « Même si la texture des écrans solaires physiques est telle qu’ils laissent un résidu blanc sur le visage, le fait qu’ils n’irritent pas mes yeux lorsque je transpire pendant l’effort est un gros plus », souligne Serge Rodrigue, utilisateur avide de la crème solaire.

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Santé Canada approuve l'utilisation d'une crème solaire pour les bébés âgés de 6 mois et plus. Avant 6 mois, la barrière cutanée n’est pas considérée comme mature et de petites particules de produits chimiques peuvent pénétrer à travers la peau à un taux plus élevé, ce qui peut potentiellement affecter la santé du bébé, bien que ce risque soit théorique et n’ait pas encore été prouvé. L’impact réel de la crème solaire sur la santé de l’enfant est inconnu et des études très limitées ont été menées dans ce groupe d’âge. Par conséquent, à cet âge, la protection solaire doit viser à éviter une exposition au soleil en période critique (de 10 h à 14 h), à porter des vêtements de protection, des chapeaux, des lunettes de protection et à rester à l'ombre, si possible

Certains produits chimiques organiques trouvés dans les sources / approvisionnements en eau du monde entier sont l'oxybenzone, l'octinoxate, l'enzacamène, l'homosalate, l'octisalate, l'avobenzone et l'octocrylène. Ces composés atteignent les milieux aquatiques après avoir été rincés de la peau directement dans les océans, les lacs, les piscines ou les douches et, surtout, à travers les déchets des fabricants et industries de cosmétiques ou de crèmes solaires. En effet, la plus grande quantité de filtres organiques dans l'eau est atteinte pendant les mois d'été et dans les régions peuplées.

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On estime que chaque année, environ 14 000 tonnes de crème solaire affectent les habitats des récifs coralliens. Une équipe de chercheurs scientifiques a récemment été la première à étudier la concentration de filtres organiques dans les récifs coralliens à trois endroits à Hawaï. L'octisalate, l'homosalate, l'octocrylène et l'oxybenzone étaient des ingrédients de protection solaire fréquemment trouvés dans les coraux, révélant l'abondance de ces produits dans les habitats des récifs coralliens hawaïens. Malheureusement, les traitements courants des eaux usées ne parviennent pas à éliminer les photoprotecteurs organiques qui s'accumulent et affectent les organismes marins tels que les poissons que nous mangeons. « Ces polluants sont toxiques pour les coraux et contribuent à leur blanchiment entraînant finalement l'extinction des coraux, un dommage exacerbé par le changement climatique mondial. On a constaté que l'homosalate, l'oxybenzone, l'octocrylène, l'octisalate et l'avobenzone réduisaient la croissance des espèces de corail, tandis que les coraux qui n'étaient pas exposés à ces produits chimiques avaient une croissance normale ", explique la Dre Netchiporouk. De plus, les filtres chimiques empêchent l'adaptation du corail au changement climatique. Des découvertes similaires ont été observées pour les vers plats et le plancton. En outre, de nombreuses études dans le monde ont détecté des filtres chimiques dans d'autres espèces marines, notamment le poisson blanc, le gardon, la perche, la morue, la truite arc-en-ciel, le barbillon, le chevesne et les moules. Consommer des fruits de mer qui ont été exposés à des produits chimiques peut potentiellement être préoccupant pour l'homme, mais aucune étude n'a examiné le risque associé.

L'oxyde de zinc et le dioxyde de titane sont des ingrédients minéraux de la crème solaire qui agissent principalement comme une barrière physique qui réfléchit les rayons ultraviolets. On les trouve tous les deux couramment en milieu aquatique! Bien que leur concentration augmente dans les lacs pendant l'été, cela se produit pendant une courte durée. « Les coraux des Caraïbes qui ont été exposés à une forte concentration de dioxyde de titane ont finalement récupéré après un blanchiment transitoire. Actuellement, on considère que le risque global des crèmes solaires à l'oxyde de zinc pour l'environnement est suffisamment faible. Par conséquent, la formulation d'écran solaire contenant de l'oxyde de zinc et du dioxyde de titane est favorisée afin de protéger l'environnement », déclare le Dr Sasseville.

Pour protéger l'écosystème marin, Hawaï a récemment interdit la vente et la distribution d’écrans solaires contenant de l'oxybenzone ou de l'octinoxate. Compte tenu des preuves actuelles des effets des filtres chimiques sur les récifs coralliens et les espèces aquatiques, le gouvernement de Palaos a également signé une loi qui restreint la vente et l'utilisation de crèmes solaires et de cosmétiques contenant l'un des 10 produits chimiques répertoriés, notamment l'oxybenzone, l'octocrylène et l'octinoxate. De même, la commission de la ville de Key West en Floride a voté en février 2019 pour l'interdiction des écrans solaires contenant de l'oxybenzone et de l'octinoxate.

Certains pays sont allés au-delà d’encourager leur population à utiliser des produits plus sûrs pour l'environnement. Dans un parc aquatique écologique au Mexique, les visiteurs sont encouragés à participer à un « programme d'échange d'écrans solaires sans produits chimiques » qui fournit aux touristes des écrans solaires biodégradables en échange de leurs produits non biodégradables. Chaque année, plus de 100 000 écrans solaires sont échangés avec les touristes. Ces écrans solaires biodégradables contiennent de l'oxyde de zinc ou du dioxyde de titane, deux filtres minéraux des radiations UV. De plus, aux États-Unis, le National Park Service met en garde la population contre les impacts des écrans solaires sur les coraux et encourage l'utilisation de formules contenant de l'oxyde de titane ou de l'oxyde de zinc.

« Des études récentes suggèrent que les filtres organiques (oxybenzone, octinoxate et autres) sont nocifs pour l'environnement et peuvent être absorbés par la peau. De plus, ils peuvent pénétrer dans notre circulation sanguine en concentration élevée", explique le Dr Sasseville. "Bien sûr, d'autres études sont nécessaires. En attendant, les personnes concernées peuvent continuer à obtenir une protection solaire efficace en utilisant des écrans solaires minéraux / inorganiques contenant de l'oxyde de zinc ou du dioxyde de titane, car ces composés sont reconnus comme sûrs et efficaces et aucune donnée supplémentaire n'est requise pour confirmer leur validité. Ils ne vous piquent pas les yeux et n'irritent pas la peau lorsqu'ils sont appliqués. Ils laissent un résidu blanc sur la peau que je porte personnellement avec fierté pour souligner mon comportement quotidien de protection solaire », souligne le Dr Sasseville. « Nous savons pertinemment que l'exposition aux rayons UV peut avoir des conséquences néfastes sur la santé telles que le cancer de la peau et l'accélération du vieillissement cutané; tandis que les effets néfastes sur la santé de la crème solaire chez l'homme ne sont qu'hypothétiques à ce stade. La crème solaire demeure non seulement efficace, mais aussi cruciale », explique la Dre Netchiporouk. Plus important encore, la sous-application doit être évitée, car cela ne fournirait pas une protection optimale contre le cancer de la peau.
Selon la Dre Netchiporouk, la protection solaire est un sujet très vaste et la crème solaire n'est qu'une pièce du casse-tête. Par conséquent, d'autres moyens importants pour nous protéger du soleil doivent être utilisés. Ceux-ci incluent:

Vêtements de protection. Il a été démontré que les tissus lycra / polyester plus épais et plus lourds et les vêtements de couleur foncée offrent plus de protection. Les vêtements de sport ainsi que les vêtements qui couvrent une plus grande surface de peau sont également reconnus comme une meilleure protection. « Un bon vêtement de protection ne laisse pas pénétrer la lumière », déclare le Dre Netchiporouk.

Des lunettes de soleil. L'exposition chronique au soleil est également un facteur de risque de cataracte et d'autres maladies de l'œil. Des lunettes de soleil plus foncées ne sont pas meilleures, car elles pourraient entraîner une dilatation de la pupille, augmentant ainsi l'exposition aux UV. Les meilleures lunettes de soleil sont celles qui s'enroulent autour du visage.

Chapeaux. Les chapeaux à larges bords sont recommandés pour réduire la lumière du soleil qui entre en contact avec le visage et les yeux.

Filtre solaire sous forme de baume à lèvres. Les lèvres sont souvent oubliées, mais elles sont autant exposées au soleil que le reste du visage, la lèvre inférieure en particulier. Appliquez généreusement un écran solaire baume à lèvres sur les deux lèvres et répétez fréquemment.

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